A qui cela déplairait il de savoir qu’une mobilisation citoyenne peut faire baisser le prix de l’essence?

En France, un véritable appel citoyen à se manifester le 17 novembre contre la hausse du prix des carburants a retenti il y a quelques semaines sur les réseaux sociaux. Cette invitation facebook a eu un fort écho sur les médias traditionnels qui l’ont répliqué à toute heure et sur toutes les chaînes. L’extrême droite s’est empressée de récupérer l’évènement ce qui a valu aux syndicats de retirer leur soutien au mouvement populaire.

Le symbole du mouvement se concentre autour du fameux gilet jaune fluorescent désormais obligatoire dans l’abitacle des véhicules. Les participants sont appelés à le mettre en évidence sur leurs tableaux de bord afin de visibiliser leur adhésion ou leur solidarité au mouvement et à bloquer les routes.


L’indignation est née il y à onze ans, quand les politiques de sécurité routière ont été mises en oeuvres afin de baisser le taux de mortalité des français sur la route principalement du à l’excès d’alcool et de vitesse. Ces décisions politiques ont été appliquées par le biais de la punition économique à l’époque du gouvernement de Sarkozy. Les radars ont fleuri les routes du pays, les amendes ont commencé à pleuvoir et les points du permis de conduire à tomber. Au fil des ans, le contrôle technique et le permis de conduire se sont durcis, ce dernier est devenu inaccessible par son prix à de nombreux conducteurs.

Les amendes et les retraits de points ont en effet permis au nombre de morts de diminuer sur les routes en France. Mais, ces politiques sont aussi devenues un commerce de grand intérêt économique à un moment où les autoroutes ont été privatisées sans que le peuple ne se manifeste. Les français les plus pauvres et vivant en dehors des grandes villes ont été les premiers touchés. Le transport public se raréfiant ou étant inexistant dans de nombreuses zones rurales, les gens qui perdent leurs permis de conduire perdent aussi souvent leurs emplois puisqu’ils ne peuvent plus se rendre sur leurs lieux de travail.

Pendant le quinquénat de François Hollande, le harcèlement policier sur les routes s’est relâché et le taux de mortalité routière a un peu réaugmenté. L’arrivée au pouvoir d’ Emmanuel Macron a permi un doublement du prix des amendes, la diminution de la vitesse de 90 à 80km/heure sur les petites routes (ce qui implique aussi souvent une consommation plus forte de carburant), le contrôle technique s’est durci drastiquement pénalisant les propriétaires de vieux véhicules n’ayant pas forcément les moyens d’en acheter un plus récent.

C’est dans ce contexte que la dernière augmentation des taxes des carburants a fait déborder le vase pour de nombreux français. La colère et la manipulation des médias a permis à la classe moyenne des zones urbaines de se manifester. De nombreux commercants et autoentrepreneurs ont rejoint le mouvement dénonçant les taxes en général qu’ils “ne veulent plus payer” alors qu’ils ne se mobilisent pas ou très peu lors des mouvements sociaux concernant toute la collectivité, étant eux même souvent dans l’impossibilité de s’organiser et de générer des alternatives. Des classes pauvres et précaires se sont jointes aussi afin de manifester leur rage contre la baisse de leur pouvoir d’achat, quelques paysans et routiers ont rejoint le mouvement.

Pourtant, la France n’est en rien un pays autonome. Ni en matière première ni en alimentation. La France achète principalement son pétrole à l’Arabie Saoudite à qui elle vend des armes qui alimentent une famine sans précedent au Yemen actuellement. Baisser le prix du pétrole signifie renforcer ces liens commerciaux mortifères. Dans un twitt, Emmanuel Macron a annoncé qu’il s’efforcera de travailler main dans la main avec Donald Trump afin de “stabiliser le Moyen Orient” et que cette collaboration “aura des conséquences positives sur le prix du pétrole”… Nous savons que cela implique de nouvelles guerres, de nouvelles ventes d’armes et de nouvelles ingérences.

Bloquer les routes en exigeant la baisse des taxes sur le prix du pétrole sans questionner le gouvernement sur l’origine du précieux carburant ni sur ce qu’impliquent les conditions de son exportation ne peut être une alternative éthique qui soutienne à long terme les nécessités de la société française. En sachant qu’il existe des alternatives de carburants moins agressifs pour la planète, des moyens de transports collectifs en phase d’être privatisés et les moyens économiques de changer radicalement de système; il reste la lourde tâche de faire prendre conscience à cette masse en furie qu’une société plus juste, autonome et écologique est possible. Qu’il est nécessaire de lutter collectivement pour autre chose que son nombril, en conscience et avec responsabilité.

Les cheminots ont manifesté l’an dernier contre la privatisation des transports publics sans que la population ne manifeste majoritairement son soutien. Tous les secteurs du service public sont affectés par une politique néolibérale dont nous souffrons tous. Nous connaissons une crise écologique sans précédent. Il est peut être temps de réfléchir à cette société nouvelle dont nous avons besoin.

Par Denise Alamillo

46637870_373251010079302_4824317273588105216_n

Comments

comments