L’espace sublime des cétacés et de leur migration. Le souffle des baleines est inégalable. Deux bateaux de pêche à l’horizon. Entre eux, de temps en temps, les jets alternés de la respiration des baleines. Sur la plage, des petits groupes de trois personnes pêchent à la ligne sans cane. Derriere eux un hôtel en construction rejette de l’eau sur le sable. Je m’approche:

-Bonjour messieurs, ça mord?

– Oui regarde, ils sont gros!

Sur le sol, des cadavres de crevettes qui ont servi d’appât.

– Vous savez si quelqu’un peut nous amener en lancha près des baleines?

– Biensûr, mais pas avant une heure mon collègue est à Todos Santos, il est de la coopérative.

– Ça coûte combien?

– C’est les prix de la coopérative, tu verras avec lui. Mais regarde, y’a deux bateaux qui vont rentrer. Demande leur, ils sont aussi de la coopérative, parce que c’est mon bateau là sur la plage, mais mon collègue va tarder.

En effet, le pilote prend son élan et débarque deux touristes allemandes de notre âge. Le visage brûlé et heureux, elles remercient chaleureusement les hommes et se prennent en photo avec eux.  Ils discutent pour savoir qui va nous emmener au large. Certains sont pressés d’aller pêcher. Ils veulent nous emmener deux heures, 50 dollars de l’heure à deux parce qu’ils doivent reverser une part à la coopérative. On négocie un passage d’une heure, ça arrange tout le monde.

L’horizon est vierge, des familles de pélicans sont maîtres d’un rocher, plus loin ce sont des lobos marinos, une espèce d’otaries. Le plus cool des animaux! Ils se prélassent au soleil et plongent dès qu’ils sont secs. Ils nous font beaucoup rire, ce sont de grands joueurs! Le plus gros mâle fait le beau et fait des acrobaties pour nous séduire.

 On avance. Quelques plages se dessinent sur le rivage. Le sable, une forêt de palmiers et en arrière plan la Sierra. C’est sublime. On voit respirer une baleine! On s’approche encore un peu, elle plonge. On la suit. Elles sont deux! Leur peau luisante est sombre, elles gardent le rythme. Je suis très étonnée de voir qu’elles nous laissent nous approcher autant.

 La nature est si puissante. Les étendues sauvages de l’Amérique sont inimaginables pour un européen. La Vie est partout! La richesse de la Planète donnent tout ce dont les êtres vivants avons besoin. On peut tous très bien vivre sur la Terre: animaux, plantes et humains. Tout est là en abondance… Quand on ne le détruit pas.

Soixante pêcheurs sont organisés à  Todos Santos. Ils vivent essentiellement de la Mer. C’est une communauté de 250 à 300 personnes en comptant la famille. Ils sont là “depuis 100 ans!”, me dit Don Eugenio. Je suppose qu’ils sont là depuis toujours.

Les allemands sont arrivés pour construire cet hotel 5 étoiles et privatiser la plage. La Banhaus apparement. Les pêcheurs ont refusé toutes leurs offres de dédommagement, la police mexicaine est venu et les a frappé. Un avocat les aide gracieusement. L’argent du projet vient aussi des USA: l’université du Colorado finance l’hôtel resort des allemands. Le gouverneur du coin leur a vendu le projet alors que les habitants sont contre. 

Eugenio, un des pêcheurs déjà bien marqué par la vie nous dit:

“Quand ils prennent l’eau, y’en a plus au village. Ils ont emmené des pierres de la sierra pour la construction, et ils jettent l’eau pour humidifier leur dune artificielle. Nous on résiste, on n’acceptera pas d’argent! Une fois qu’on l’aura depenseŕ qu’est ce qu’il nous restera? Les gens partiront il videront le village! Ils peuvent pas construire ici, quand la mer monte elle monte jusque ici! Quand il y a des ouragans, c’est pire! On a besoin de l’entrée à la mer pour vivre. A san jose, l’accès à la plage est payant. On peut plus pêcher la bas.”

Denise est outrée. Elle leur a laissé le contact du Barrio Antiguo au cas ou ils auraient besoin d’un espace de diffusion, le journal leur ouvre ses pages digitales!

“-Mais c’est illégal! C’est le territoire national ça ne doit pas être privatisé,” s’écrit elle.

L’économie et la vie de 300 personnes dépendent de l’accès à la plage de Punta Lobo. Nous insistons sur l’importance de diffuser les expropriation des pêcheurs et paysans du Mexique par des puissances immobilières occidentales. 

Peut être que ça leur fera plus Honte chez eux qu’ici. En Allemagne ils n’ont pas le droit de faire ce qu’ils font ici!

Partout ou nous allons nous voyons la même chose. De grands complexes hôteliers en construction. Vides. De grands murs marquent de nouvelles frontières entre eux et les villages de pêcheurs. Tous, absolument tous, sont étrangers. Ceux qui entretiennent les lieux et servent les touristes sont mexicains, une main d’œuvre exploitée. 

Les gens d’ici se fichent de l’argent. Ils veulent continuer à vivre en paix, chez eux. Leur respect pour la Mer est immense.

Les migrations de baleines, de dauphins et autres mammifères marins passent toujours ici, et elles passent près des cotes parce que les habitants des terres les aiment et les respectent. L’impact environnemental des pêcheurs est minime. La Nature est généreuse, ils pêchent le minimum. Leurs familles sont grandes parce qu’ils peuvent les nourrir. Il y a de l’espace pour tout le monde.

Il peut y avoir du tourisme et du passage autrement. On peut transiter par le monde sans tout casser, sans s’approprier des terres et des eaux. On peut se rencontrer, partager, participer aux revenus de familles locales dans des endroits magnifiques où l’être humain n’est qu’un être parmi les autres. On peut vivre sur terre sans asservir les autres.

 Il suffit de croiser le chemin d’une baleine pour se rendre compte que la Vie est d’une simplicité à couper le souffle, que la Terre est notre Mère à tous et que notre devoir le plus élémentaire, c’est de la laisser faire, de la respecter!

Par Emilie Mourgues

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