Tout a commencé par un dessin que tu esquissais sur un bout de papier, toi la jolie punk aux yeux couleur azur et à l’air pensif. Tu étais aussi décalée, aussi atypique que ce que tu dessinais, c’est ce que j’ai aimé. Nous sommes bien différentes, peut-être même à l’opposé, mais dans nos contraires, j’ai trouvé en notre humanité une similitude. Oui, nous sommes toutes deux hors du cadre, hors des normes, nous dénotons dans le paysage. Toi la punk avec ton piercing et ton crâne rasé, moi la musulmane voilée, loin d’être à la page. On s’est baladées ensemble au Vieux-Port de Marseille, interpellant les gens, allant à leur rencontre…

Comme une béquille sociale, tu m’as donnée la force de m’ouvrir entièrement à ce monde. Et qu’importent certains regards suspicieux qui au loin dévisagent ce duo improbable, qu’ils aillent donc au diable ! Pendant un court instant, ils ne nous atteignent plus, notre amour fraternel est un gilet pare-balles. J’ai marché à tes côtés, confiante, fière. Nous nous sommes fait découvrir, tour à tour, toute la substance de nos univers. Sans jugement, avec sincérité, respect et authenticité on a su faire de “deux”, une unité. Nous sommes parvenues à construire une passerelle pour lier nos deux mondes, étrangers l’un à l’autre…

Et vous politiciens, venez à notre rencontre ! En toute bienveillance, vous serez accueillis. Ce n’est pas enfermés dans vos soirées mondaines que vous nous apprendrez ce qu’est la vie ensemble. Promenez-vous dans nos rues, rencontrez-nous humblement, comme vous êtes, sans étiquettes. Peut-être même, aurez-vous la chance de tomber sur ma jolie punk, qui vous en apprendra plus en une journée qu’en 5 ans sur les bancs de vos facultés. Elle vous apprendra que finalement, nous sommes tous les mêmes. Que les barrages sociaux ne résident pas dans nos différences, qu’ils ne sont que des constructions invisibles  de notre machinerie interne (préjugés, stéréotypes, etc.).

Camille et Leila - copie

Un duo improbable

Tout a commencé lorsque tu es venue me parler, intriguée par un dessin que je gribouillais sur ma feuille. Je t’avais remarquée depuis le début de la soirée… Tu avais ce je ne sais quoi qui souvent, chez les jolies femmes voilées, intrigue, intimide et attire à la fois. Je t’ai trouvée vraiment très belle.  Tu n’avais rien de superficiel, au contraire, tu étais très naturelle, avec ce sourire si omniprésent et puissant qu’on croirait qu’il est ta réponse imperturbable à la méchanceté et à la bêtise de ce monde.

Et c’est tout aussi naturellement, avec ce si beau sourire, que tu es venue discuter avec moi. J’ai été très surprise. Habituellement, les femmes voilées ne viennent pas spécialement vers moi. Je suis plutôt punk, rasée sur les côtés, anneau dans le nez, look un peu décalé… Pas vraiment leur genre de prédilection en général. C’est bête, mais ce sont deux mondes très différents qui, aussi triste que ça soit, ne se côtoient pas.

J’étais donc très étonnée que tu viennes me parler, aussi naturellement et avec autant de sympathie. J’étais complètement sonnée et abasourdie. Mais intérieurement, j’étais très touchée et émue. Je ne demandais que ça. J’ai adoré discuté avec toi. On a pu parler de tout, sans tabou, on a rigolé… C’était vraiment chouette.

Puis le lendemain, lors d’un atelier, lorsqu’on a dû se mettre en binômes, tu es encore venue vers moi, et tu m’as proposé qu’on se mette ensemble. C’est sans réfléchir et du tac au tac que j’ai dit oui. J’avais envie de plus te connaître. Nous voilà donc parties, toutes les deux sous la pluie, serrées sous mon parapluie. Il fait un temps de merde et il fait froid, mais je m’en fous, je suis sur mon petit nuage… Et là, il s’est passé quelque chose d’incroyablement émouvant : tu m’as prise par le bras, comme si j’étais ta copine de toujours. Comme ça, naturellement. Moi qui ne suis habituellement pas du tout tactile, c’est avec plaisir que je me suis prêtée au jeu pour une fois. Il faut dire que la situation était particulière. Le temps d’une petite heure, nous étions un symbole. Un message d’espoir et de tolérance vivant. Par notre geste, nous hurlions au monde que  se mélanger et s’accepter malgré ses différences et malgré tout ce qu’il s’était passé était encore possible. Que bien que faisant toutes les deux parties de deux mondes complètement différents, voire opposés, on a su apprendre à se connaître et à passer au-dessus des apparences.

J’ai adoré marcher avec toi dans les rues de Marseille, bras dessus, bras dessous, à rire aux éclats et à discuter de tout. J’ai été émue par ce duo improbable qu’on formait, toi et moi, inspirant toutes sortes de réactions aux passants… C’était beau.

Je m’en souviendrai toujours. Depuis les récents événements, j’étais plutôt pessimiste et assez triste, et là, cette rencontre m’a redonné foi en la jeunesse et en l’humanité. TU m’as redonné foi en la jeunesse et en l’Humanité. Merci à toi, la jolie fille voilée au si beau sourire qui a ensoleillé ma semaine !

Camille, 23 ans, volontaire en service civique, Perpignan
et Leïla, 23 ans, volontaire en service civique, Nîmes.

*Publié par Zone d’Expression Prioritaire

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